SINGLE
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PROJET
Prends ton temps.
Salut…
C’est bizarre de commencer quelque chose d’aussi personnel par un simple « salut », non ?
Bref. Moi, c’est Louis.
Je me considère comme un artiste, et ce livret va raconter ma vie. Tout ce qu’il y a eu avant, et tout ce qu’il y a eu pendant.
Si TOUT vous intéresse… alors bienvenue.
Je suis né le 8 janvier 2004, à Bastia.
Je suis le cadet d’une fratrie. Nous sommes trois.
Et pourtant, le jour de ma naissance, ma mère a dit quelque chose d’assez étrange :
« Lui, il sera différent. »
Encore aujourd’hui, quand je lui demande pourquoi elle a dit ça, elle ne sait pas vraiment me répondre.
Alors si vous cherchez une explication au pourquoi du comment… je ne l’ai pas.
J’ai grandi très vite.
Je vis en Corse, et quand on grandit ici, on apprend assez rapidement à se débrouiller seul.
À 8 ans, j’étais déjà dehors à jouer avec des enfants de mon âge que je ne connaissais même pas.
À 9 ans, j’imitais les vieux du village dans le bar où je jouais au baby-foot.
« Un whisky pour moi. »
Je disais ça très sérieusement. Je n’avais absolument aucune idée de ce qu’était un whisky.
Et puis un jour, j’ai rencontré mes premiers vrais amis.
Ceux auxquels j’ai tenu pendant dix longues années. Et auxquels je tiens encore aujourd’hui, d’une certaine manière.
Un peu comme un tonton qu’on ne voit plus.
Je ne leur dis plus rien, mais je regarde parfois ce qu’ils deviennent. Et je suis fier de leurs parcours.
Dans le lot, il y avait une fille. Ma première copine.
Et je me souviens encore de mon premier coup de vice avec elle. Je voulais savoir si elle m’appréciait réellement.
Ma sœur, qui était apparemment aussi machiavélique que moi à cette époque, a eu une idée :
« Cache-toi dans la voiture de papa. Laisse la vitre ouverte. Et écoute-nous parler. »
Très bonne éducation.
Je me suis donc caché dans la voiture.
Et voici un dialogue qui date de plus de dix ans, mais dont je me souviens encore presque mot pour mot.
— Alors, ça va ?
— Cool, et toi ?
— Oui. Tu es avec mon petit frère ?
— Oui, il est trop marrant !
— Ah oui ? Et pourquoi il te plaît ?
— Parce qu’il est différent.
Parce qu’il est différent.
En moins de dix ans, j’avais entendu cette phrase deux fois.
Différent de quoi ? Différent de qui ?
Malheureusement… comme je vous l’ai dit au début, la réponse n’existe pas. Et peut-être qu’elle n’existera jamais.
Quelques années plus tard — deux ans, pour être précis — j’ai rencontré quelqu’un qui a changé beaucoup de choses en moi.
La première fille qui m’a fait aimer au point d’en avoir mal.
Mais également celle qui m’a ouvert cette fenêtre qu’est devenue l’écriture.
Sans elle, je n’aurais probablement jamais eu besoin de mettre des mots sur ce que je ressentais.
C’était tellement fort que j’avais besoin de me l’expliquer à moi-même.
Alors j’ai écrit.
Aussi bête que ça puisse paraître, elle était un peu comme un reflet.
À travers elle, j’ai découvert comment je réagissais à certaines situations. Comment j’aimais. Comment j’avais mal. Comment je pensais.
Comme vous pouvez vous en douter… on s’est séparés assez vite.
Et pour moi, c’était le bout du monde.
Alors j’ai commencé à écrire encore plus.
Et pendant les cinq années qui ont suivi, j’ai fait de ma passion une thérapie.
Pendant ces cinq années, énormément de choses se sont passées.
Mais surtout : des rencontres.
Mes meilleurs amis. Mes meilleurs souvenirs.
Une énorme partie de ce que je suis aujourd’hui s’est créée à ce moment-là.
Et pourtant, pendant longtemps, je pensais qu’une fois l’adolescence passée, on ne rencontrait plus vraiment de nouvelles personnes.
Je trouvais ça bizarre de devoir encore se présenter. Encore dire son prénom. Encore expliquer qui on est.
Je n’ai jamais été très sociable, donc, en vrai… ça m’arrangeait presque.
Mais ça restait quand même sacrément handicapant.
Ne pas oser aller parler à des gars qui avaient l’air cool parce que « en vrai, c’est la honte », c’était bof.
Surtout quand je mangeais seul après les cours.
Ou quand j’avais mal à la gorge simplement parce que je n’avais pas parlé de la journée.
Pas un mot.
Est-ce que je sais encore parler ?
Puis il y avait le chemin du retour.
Toujours du rap dans les oreilles.
Ça changeait selon les périodes, mais généralement, c’était Nekfeu ou Deen Burbigo.
Et je rappais tout seul dans mes écouteurs.
Comme si, dès que je les mettais… le monde ne pouvait plus m’entendre.
Puis j’arrivais chez moi.
Et là, sans vraiment m’en rendre compte, j’ai commencé à tout construire.
De A à Z.
Mon écriture. Mes valeurs. Ma façon de penser. Ma manière de voir les autres. Ma manière de me voir moi-même.
On dit souvent que nos valeurs nous sont inculquées quand on est enfant.
Mais plus j’y pense… plus je crois que j’ai créé une grande partie des miennes tout seul.
À partir de ce que je voyais. De ce que je ressentais. De mes erreurs. De mes rencontres.
Et surtout… de mes pensées.